Enseignement: bâtir l'avenir

Charles Michel a fustigé les successifs gouvernements « olivier » et leur médiocre gestion de l'enseignement. « Nous refusons un nivellement par le bas ! », a-t-il martelé. 

Le dimanche 20 octobre dernier, vous avez été nombreux à répondre au « Rendez-vous d'avenir » consacré à l'enseignement. Un peu plus de 850 personnes ont ainsi eu le courage d'affronter la fraîcheur matinale. La première partie de la matinée a été consacrée à la réflexion en atelier. T

rois thèmes vous avaient été proposés : 

  • « Qu'apprennent nos enfants ? », avec Jean-Luc Crucke (président de la commission de l'Éducation au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles), Pierre-Yves Jeholet (député-bourgmestre de Herve), Marc Évrard (préfet à l'athénée André Thomas) et Catherine Soudant (inspectrice dans l'enseignement fondamental). Force est de constater que l'école a souffert ces dix dernières années. Les élèves apprennent des listes de « compétences », mais ils éprouvent des difficultés à les transposer en situation réelle. Quant aux directeurs et professeurs, ils croulent sous les lourdeurs administratives et autres règlements. Refusant les difficultés pesant actuellement sur les équipes pédagogiques, il apparaît au MR qu'il est vital d'insuffler de la force, de revaloriser les savoirs de base, bref : de rendre de la confiance au secteur. 
  • « Universités hautes écoles : nouveaux défis ? », avec Sybille de Coster (député-bourgmestre de Grez-Doiceau), Jacques Brotchi (sénateur), Vincent Vandenberghe (économiste et professeur à l'UCL) et Patrick Dysseler (directeur-président de la HELB). Le décret Marcourt, qui ambitionne de réorganiser l'enseignement supérieur, est avant tout un facteur de complication. D'ailleurs, ce décret, véritable « mille-feuilles » monté sur une « usine à gaz » fait l'impasse sur la question pourtant essentielle du financement. Le ministre nuit purement et simplement à la liberté d'association entre universités et hautes écoles et entrave leur autonomie. L'enseignement supérieur est pourtant confronté à de nombreux défis, parmi lesquels la nécessaire reconsidération des études de médecine. 
  • « L'école a-t-elle les moyens de ses ambitions ? », avec Jean-Paul Wahl (député-bourgmestre de Jodoigne), Françoise Schepmans (député-bourgmestre de Molenbeek), Marcel Neven (député-bourgmestre de Visé), Étienne Denoël (directeur chez McKinsey) et Michel Parys (vice-président de l'UFAPEC). Pour gagner en qualité, il semble clair que le réseau scolaire de la Communauté française doit s'affranchir de son ministère et prendre la forme d'une fédération indépendante qui puisse agir avec davantage de liberté. Ceci passe par la suppression du décret « Inscriptions », une disparition progressive pour éviter le désordre. Les équipes pédagogiques doivent être libres pour reconstruire les projets pédagogiques et revenir aux fondamentaux.

Vers 11h15, les ateliers ont pris fin et tous les participants se sont retrouvés pour assister à la séance plénière.

C'est Pierre Hazette, dernier ministre libéral de l'Enseignement, qui a ouvert la session. Il a commencé par demander un instant de recueillement pour le terrible accident d'avion survenu la veille. Au sujet de l'enseignement, les dix dernières années n'ont causé à Pierre Hazette que déceptions et désillusions. Il avait pourtant mis en route une quantité de projets ambitieux et positifs tel « Éclat », destiné à jeter des ponts entre les mondes de l'école et de la culture, ou encore une proposition de décret tourné vers les jeunes « en mal d'école », décrocheurs et livrés à eux-mêmes. Or, ces projets ont été abandonnés par la majorité en place, qui a ainsi renié l'une de ses responsabilités fondamentales envers la société. Il faut agir et réagir contre la violation de la liberté pour le chef de famille de choisir l'école de son choix pour son enfant, réagir pour revaloriser et libérer le corps enseignant. « Un enseignant qui réfléchit à la manière de donner son cours est un enseignant qui doit être libre de son choix », conclut Pierre Hazette. 

 C'est ensuite Françoise Bertieaux qui est montée à la tribune. Elle l'assure, malgré les mauvaises nouvelles qui se succèdent, l'école a pourtant des raisons d'espérer. 

 Le MR a passé les derniers mois à sillonner les écoles de Wallonie et de Bruxelles, à la rencontre des acteurs sur le terrain. Avec ces experts, motivés et positifs, la réflexion a été longuement nourrie. Les priorités qui en ressortent sont claires : renforcer les savoirs de base pour tous les élèves, mettre en place un accompagnement de remédiation individualisée, remanier le CEB pour qu'il soit une observation véritable des apprentissages, maintenir le niveau d'exigence dans le supérieurs, créer des bâtiments scolaires (il manquera 1500 place en 2014 !)… bref, répondre aux véritables interrogations des enseignants plutôt que de les assommer à coups de décrets. 

 Après l'intervention a eu lieu une consultation sur différentes propositions. Toutes ont été plébiscitées par le public, constitué de militants et de simples sympathisants. 
Voici les 10 questions posées :

- Faut-il supprimer le décret inscription dans le secondaire et restaurer le libre choix des parents ? 
92% Oui 
2% Non 
4% Abstention 

 - Faut-il renforcer l'apprentissage des matières de base (dictées, récitations, calcul) ? 97% Oui 
1% Non 
2% Abstention 

 - Faut-il développer l'enseignement en immersion linguistique dès l'école primaire ? 74% Oui 
13% Non 
12% Abstention 

 - Faut-il ajouter dans l'horaire de tous les élèves une heure par semaine de méthode de travail ou de remédiation ? 
93% Oui 
2% Non 
5% Abstention 

 - Faut-il maintenir les devoirs à domicile et les corrections de ceux-ci en classe afin de vérifier la maîtrise des apprentissages ? 
88% Oui 
8% Non 
4% Abstention 

 - Faut-il élever le niveau d'exigence du CEB afin de le faire correspondre aux acquis indispensables au premier degré secondaire ? 
92% Oui 
3% Non 
5% Absention 

 - Faut-il renforcer les liens entre école et entreprises notamment dans l'enseignement qualifiant ? 
98% Oui 
1% Non 
1% Abstention 

 - Faut-il organiser un cours commun de philosophie et d'histoire comparée des religions dans le 3e degré de l'enseignement secondaire ? 
73% Oui 
15% Non 
12% Abstention 

 - Faut-il laisser plus d'autonomie aux directeurs et préfets pour évaluer les compétences des enseignants qu'ils engagent ? 
79% Oui 
10% Non 
11% Abstention 

 - Faut-il supprimer l'autorisation de s'absenter de l'école jusqu'à trente demi-jours sans justification ? 
85% Oui 
11% Non 
4% Abstention 

 

Enfin, Charles Michel a pris la parole, en commençant par remercier les experts présents pour « la vitalité qu'ils apportent au débat d'idées ». C'est en effet sur le débat d'idées, le débat de fond, que gage Charles Michel pour convaincre, loin des slogans simplistes. 

 Alors que de tout temps, les sociétés qui ont progressé ont investi dans un système de transmission de connaissances de qualité, les gouvernements qui se sont succédés depuis dix ans « ont fait le choix d'abîmer, de dégrader et de niveler par le bas, confondant l'essentiel de l'accessoire ». Au lieu de miser sur la confiance et la liberté données, ils ont infligé à l'école un « tsunami réglementaire permanent » en se fondant sur « un apriori de suspicion » envers les équipes pédagogiques. Au contraire, le travail entamé par le MR et incarné par le carnet « Bâtir l'avenir »« traduit la volonté de porter un projet ancré les deux pieds dans la réalité ». 

 Outre le triste décret « Inscriptions », qui fait « miroiter l'illusion de la mixité », le gouvernement porte également une lourde responsabilité au sujet de l'absentéisme galopant. Alors que le moment économique est difficile et empêche les jeunes d'être dans une dimension d'émancipation, plus que jamais, écoles et entreprises devraient se rencontrer. Les responsables se cantonnent pourtant à des promesses en l'air, comme sur la question des bâtiments scolaires, alors que tous les experts s'accordent sur le boum démographique et de l'urgence qui l'entoure. « Nous ne les croyons pas, nous ne les croyons plus ». 

 Pour 2014, « la différence reposera sur la force des arguments, le bons sens, la volonté d'être utile pour nos écoles ». Il faut restaurer la fierté et l'autorité des enseignants, refuser la violence et l'amateurisme. En effet, l'école est avant tout « une belle aventure humaine », dont chacun garde de précieux souvenirs, peu importe le parcours scolaire. L'école, « c'est le cœur qui bat de notre société ». Et Charles Michel de conclure : « Pour tous les professeurs qui travaillent avec passion, nous avons le devoir moral d'être à la hauteur. Nous comptons sur vous pour porter ce discours d'espoir ».

 

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